Le redoublement : bientôt de l’histoire ancienne ?

En dix ans, le taux de redoublement a chuté de 10 points : 28 % des élèves de 15 ans déclaraient avoir déjà redoublé en 2012 contre 38 % en 2003 selon l’OCDE, et ce chiffre n’a pas fini de baisser. En effet, un décret publié en novembre 2014 opère un changement majeur dans le système scolaire français en termes de redoublement : à partir de la rentrée 2015, il sera limité aux seuls cas d'absence longue d'un élève pour des raisons de santé ou familiales et de non obtention de l'orientation souhaitée. Finis donc les redoublements pour mauvais résultats, l'ambition est de passer à un suivi personnalisé des élèves, à la finlandaise. Zoom sur les initiatives amorcées…

Pourquoi remettre en cause le redoublement ?

Tout d’abord, parce qu’il coûte cher. Environ 2 milliards d’euros par an, selon l’Institut des politiques publiques.

Et surtout parce que les chercheurs s’accordent pour dire qu’il est inefficace ! Même si l’élève peut progresser l’année du redoublement, il ne gardera pas cet avantage bien longtemps.

Sur le long terme, le Cnesco (Conseil National de l’Évaluation du Système Scolaire) affirme que « le redoublement n’a pas d’effet sur les performances scolaires » et « qu’il a toujours un effet négatif sur les trajectoires ».

On constate même, qu’il engendre un sentiment d’échec, de découragement, et une perte de motivation. Car le redoublement peut être humiliant, il stigmatise l’échec. D’après Serge Boimare, psychopédagogue au Centre Médico-Pédagogique Claude-Bernard à Paris « Il entame l’estime de soi, fondamentale dans la motivation à travailler », « Il est comme une condamnation dans un casier judiciaire, une marque indélébile ».

Un autre aspect controversé lié au redoublement concerne le sentiment d’injustice qui l’accompagne : il est souvent perçu comme arbitraire, et on confond bien souvent ses notes avec le niveau d’un élève, à tort. Le processus de décision des enseignants varie selon les élèves et certains critères tels que la maturité ou même encore la taille des étudiants sont invoqués et peuvent se révéler décisifs pour un passage ou nom dans la classe supérieure.

Parallèlement, les conseils de classe cherchent à éviter d’aggraver le cas des élèves déjà redoublants : pour un carnet de notes identique, un élève ayant déjà redoublé aura donc moins de chance de redoubler.

Des alternatives au redoublement

Le débat « pour ou contre le redoublement » semble être dépassé et l’heure est venue de trouver des alternatives, d’inventer d’autres façons de prendre en charge les élèves en difficulté.

Certains établissements, conscients des conséquences négatives du redoublement, ont cherché des solutions avant même l’adoption du décret et ont déjà presque totalement éliminé le redoublement au sein de leurs écoles.

C’est le cas du collège Anatole-France qui a complétement réinventé les cours traditionnels.  Dans cet établissement des Yvelines, le redoublement a été éliminé en 6ème, 5ème et 4ème. Seule une poigné de rares collégiens redoublent leur 3ème.

Pour ce résultat, la pédagogie s’est diversifiée pour s’adapter à tous les élèves. Des classes spéciales ont été créées pour les élèves volontaires, mettant en œuvre une façon différente d’apprendre. Dans ces classes d’un nouveau genre, les disciplines se mélangent et les professeurs des différentes matières travaillent ensemble sur un thème commun, une manière de donner du sens à l’apprentissage : « C’est une façon de donner du sens, de faire comprendre qu’on ne fait pas du français qu’en français, que cette matière sert à autre chose qu’à faire des dictées. » explique M. Bosco, le principal du collège. En complément, une aide personnalisée a été mise en place : les élèves sont suivis par des tuteurs qui les accompagnent afin de surmonter leurs difficultés.

Le Lycée du Futuroscope est un autre exemple d’alternative au redoublement. Pour répondre à son objectif de « zéro redoublement » il organise des ateliers d’écriture en petits groupes pour permettre aux élèves en difficulté de travailler autrement. Cela assure aussi un suivi individualisé pour les élèves qui en ont le plus besoin.

Pour un certain nombre d’élèves, redoubler est aussi l’occasion de retenter sa chance lorsque l’on n’a pas obtenu la voie souhaitée, ou que l’on n’est pas encore certain de son orientation. Pour limiter ce type de redoublement, le lycée général et technologique Jean-Monnet dans l’Oise a créé un partenariat avec les collèges du secteur : en 3ème, des visites du lycée sont organisées. De plus, les élèves de 2nde peuvent faire des stages dans les différentes filières de 1ère et les portes du lycée sont ouvertes aux parents.

Des résultats encourageants

Les résultats de ces initiatives ont de quoi donner de l’espoir ! Dans le lycée du Futuroscope par exemple, le taux de redoublement en classe de seconde, déjà inférieur à la moyenne nationale, a fondu de 6,2 % en 2013 à 0,6 % en 2014. Pour Victor et les autres élèves qui ont bénéficiés du projet, l’expérience est concluante : le Jeune homme est en première S cette année et se projette dans des études d’économie.

Le Microlycée 93, un établissement situé au Bourget destiné aux décrocheurs ne possède pas de classe de seconde. Il propose donc à des jeunes ayant redoublé et toujours en situation de décrochage de les faire passer directement en première littéraire. Le résultat est plutôt probant puisque certains obtiennent leur bac avec mention.

Ailleurs en Europe, le redoublement n'est plus à l'ordre du jour dans bon nombre de pays. A titre d’exemple, depuis la rentrée 2012, la ville de Hambourg en Allemagne a supprimé le redoublement dans toutes les classes de la municipalité sans constater une baisse majeure du niveau des élèves.

Selon les différentes enquêtes PISA qui mesurent les performances des élèves de quinze ans, les pays qui affichent les meilleurs résultats sont aussi ceux qui affichent les plus faibles taux de redoublement.

La réduction du nombre de redoublements est une étape importante pour l’évolution du système scolaire français. Il est essentiel de l’accompagner de mesures de soutien pour les élèves en difficultés. Certaines alternatives ont déjà été mises en place dans bon nombre d'établissements : les classes de rattrapage l'été, les classes multi-âges, les programmes de soutien précoce dès la maternelle, les pédagogies différenciées.... Des pratiques qui ont un coût certain, mais moins élevé que celui du redoublement !

 

Source : "redoublement les alternatives s'organisent" le Monde, publié le 27/01/15.

Source : najat-vallaud-belkacem.com publié le 20/11/14.

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